| Augustin
Ferrando (1880-1957)
Augustin Ferrando, article de Georges Laure, pseudonyme de Marcello-Fabri, (...) Augustin Ferrando, qui fût chez Cormon, le camarade datelier de Friesz et de Matisse, sera pour cette génération si riche, lun de ceux qui se seront trouvés le plus lentement, le plus dangereusement aussi et un authentique grand peintre. Un jour viendra où sa terre natale senorgueillira de lavoir vu naître (...). Il est un des rares peintres modernes, qui après avoir patiemment cherché et découvert leur technique, continuent à en tirer des effets spécifiquement picturaux, sans se laisser envahir par le seul métier. Technicien incomparable, conscience dartiste sans défaillance, humble devant la nature et devant la réalisation dautrui, orgueilleux et enthousiaste cependant, Augustin Ferrando a pratiqué toutes les formes de son art. De la plus exiguë à la plus vaste, de la plus matérielle à la plus idéale. Tour à tour, il a travaillé le nu, et traité le paysage ; copié la manificente nature ou transposé et spiritualisé son étude. Tour à tour, il a su être un portraitiste ou un peintre de fleurs ; un voyant de la grande composition décorative ou un réaliste de lémotion colorée. (...) Au moment le plus douloureux de son existence, il a tiré du pastel des effets somptueux, il a fait éclater les murailles qui paralysaient lessor de sa vision intérieure et rejoint une édénique splendeur où son évasion sut se fixer, définitive. Car chez un grand artiste, ce nest pas la vie vécue qui compte, cest cette vie imaginaire où seulement peut se déployer son âme et salimenter son rêve. ![]() (...) Peintre solide, anxieux de durée, donc soucieux dune matière et dune technique pratiquement impérissables, connaissant quil atteindra mieux à la puissance quà la rareté, Augustin Ferrando nous lègue infiniment plus que des toiles, que des dessins, que des mosaïques. Il a, pour nous, travesti le monde aux - vêtures sordides - en un paradis féerique où les accords des couleurs ont des correspondances mystérieuses avec nos voeux secrets. Dans ses dernières compositions, où privé dun ciel adoré, il a médité et oeuvré sous une lumière plus tendre, et dans un pays plus hospitalier, sinon plus compréhensif, il a non seulement absorbé le paysage pour en magnifier le rendu, il a parfois transfiguré le visage de la nature, pour le diviniser comme divinisent leurs émotions les musiciens et les poètes. Et cette puissance dévocation - intérieure - inconsciente nempêche nullement Augustin Ferrando de redevenir visuel, réaliste lorsque le sollicitent dautres volontés dart. Cette richesse de clavier est la caractéristique des vrais créateurs. (...) Notre époque perd souvent de vue que tous les Grands ont, dans le passé, possédé une étendue égale dans la peinture et un éclat toujours renouvelé dans tous les registres. (...) Les oeuvres dAugustin Ferrando nous permettent dappréhender un peu de linfini de lart, et ses pinceaux ont donné limpondérable de sa poésie, la magie indiciblement solide de la matière que ce grand artiste a brossé. (...) Georges Laure, pseudonyme de Marcello Fabri. lAge Nouveau, 1939
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